Marion Motin / Xie Xin / Crystal Pite : une rentrée réussie pour le ballet de l’Opéra de Paris

The Last Call Marion Motin Boccara

Le ballet de l’Opéra de Paris fait sa rentrée avec un programme concocté par trois chorégraphes contemporaines venues de différents horizons. Au programme, deux nouvelles créations aux scénographies très travaillées de la française Marion Motin et la chinoise Xie Xin, et la reprise du désormais immanquable Season’s Canon de Crystal Pite. Un programme entièrement féminin hérité d’Aurélie Dupont, qui l’avait programmé avant son départ, et qui ouvre la saison avec efficacité.

The Last Call de Marion Motin, sombre et énergique

Que d’énergie dans le très cinématographique The Last Call ! Marion Motin pose une ambiance faussement night-club, avec la musique entrainante de Micka Luna, des jeux de lumière écrasants et une cabine téléphonique à néons. De cette cabine est reçue l’annonce d’une mauvaise nouvelle, point d’ouverture de la pièce à partir duquel elle entraine ses personnages dans un entre-deux musclé entre le réel et l’au-delà.

Issue du hip-hop, avec un parcours qui l’a notamment amenée à chorégraphier pour Stromae ou encore Christine and the Queens, l’univers de Marion Motin pouvait sembler au premier abord assez éloigné de celui de l’Opéra de Paris. Et pourtant sa création se fond bien dans la programmation. Dans son vocabulaire énergique on retrouve des synergies de groupe, des bras aux angles cassés, et des ondulations rythmées qui peuvent évoquer le langage d’autres chorégraphes comme Hofesh Shechter ayant déjà travaillé avec l’institution. Quant à l’esthétique des costumes, elle n’est pas sans rappeler ceux de la pièce The Male Dancer chorégraphiée il y a quelques années par Ivan Perez également au palais Garnier.

Ces inspirations croisées sont plutôt heureuses. Le résultat est une narration énergique et entrainante, au point parfois de faire passer au second plan la thématique sombre qui préside à l’œuvre. Si l’on retient l’imposante scénographie de Camille Dugas plus que la chorégraphie qui manque un peu de recherche, les interprètes font montre de leurs très belles qualités, à commencer par le remarquable Alexandre Boccara, qui ne cesse de se démarquer par la puissance qu’il dégage et sa grande précision dans le registre contemporain. Citons également Adèle Belem, particulièrement juste dans sa gestuelle, ou encore Ida Viikinkoski, qui fait toujours preuve d’une belle présence.

Motin Opéra de Paris Julien Benhamou
The Last Call de Marion Motin- photo Julien Benhamou

Horizon de Xie Xin, une douce rêverie éthérée

Changement d’ambiance, brumeuse et tamisée dans Horizon, la création de la chorégraphe Xie Xin qui était elle aussi invitée pour la première fois à travailler avec les danseurs du ballet de l’Opéra de Paris. Le rideau s’ouvre sur un plateau dans la pénombre, recouvert de brume, où deux danseurs, habillés de costumes éthérés, initient au sol un duo tout en amortis qui semble déjà se jouer des lois de la pesanteur, avant d’être rejoints par leurs pairs. Dans cette paisible ode à la nature, le mouvement fait la part belle aux spirales et aux rotations. Parfois suspendu, comme au ralenti, parfois se coulant dans le sol telle l’eau glissant sur le lit d’une rivière, il est toujours d’une grande fluidité. Un langage dans lequel Takeru Coste, notamment, excelle. Et une douce invitation à la rêverie pendant laquelle on laisse parfois son esprit vagabonder.

Si la place en second de cette pièce dans le programme de la soirée, entre deux chorégraphies aux dynamiques plus musclées, a peut-être pu lui porter préjudice sur le plan de l’attention du spectateur, elle a le mérite d’apporter une respiration bienvenue dans la soirée. Aussi bien sa structure en duos et trios que la gestuelle ancrée dans le sol opèrent au final une transition assez naturelle vers le Season’s Canon de Crystal Pite.

Horizon Xie Xin
Horizon de Xie Xin – photo Julien Benhamou

The Season’s Canon, l’indétrônable tube de Crystal Pite

The Season’s Canon était la pièce la plus attendue, et l’on pouvait sentir à l’entracte une certaine excitation. Et pour cause, elle avait rencontré un franc succès lors de sa création en 2016 à l’Opéra de Paris, et consacré en France la canadienne Crystal Pite, déjà largement connue outre-Atlantique.

Sept ans plus tard, la force d’évocation de l’œuvre est intacte et nous entraine dans un tourbillon dans lequel l’esprit de corps trouve tout son sens tant les interprètes semblent vibrer à l’unisson. Certains danseurs présents lors de la création sont toujours là, comme la formidable Eléonore Guérineau qui apporte à son personnage une émouvante touche de fragilité, ou encore la vibrante Ludmila Pagliero, aussi à l’aise dans les grands rôles classiques que dans ce registre contemporain. D’autres ont laissé la place, et une nouvelle génération s’approprie cette pièce devenue incontournable. Et, malgré une relative timidité dans certains duos, ils le font avec brio. Citons notamment Aurélien Gay et Jack Gasztowtt, à qui incombe la lourde tâche de succéder à Adrien Couvez et François Alu, dont on pouvait penser que l’énergie serait difficile à égaler. Le défi est relevé, et la longue ovation d’un public enthousiaste vient entériner la place de ce Season’s Canon dans le répertoire de l’Opéra de Paris.

Crystal Pite Opéra de Paris
The Season’s Canon de Crystal Pite – photo Julien Benhamou

C’est donc une soirée assez homogène qui ouvre cette saison danse, avec trois chorégraphies contemporaines qui, si elles ne sont pas franchement novatrices, composent un programme agréable. L’occasion aussi de souligner une évolution à l’œuvre depuis plusieurs années au sein du ballet de l’Opéra de Paris, dont une partie des artistes sont désormais des danseurs contemporains accomplis, et non plus seulement des danseurs classiques dansant aussi du contemporain. Un atout pour la compagnie.

Allison Poels

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